Déclaration conjointe Australie-Canada sur les industries créatives et l’intelligence artificielle - SOCAN

Déclaration conjointe Australie-Canada sur les industries créatives et l’intelligence artificielle

jeudi, mars 5, 2026

Déclaration conjointe d’APRA AMCOS et de la SOCAN à l’occasion de la visite du premier ministre Carney en Australie. La chef de la direction de la SOCAN, Jennifer Brown, est à Sydney cette semaine pour assister à la réunion du conseil d’administration de la CISAC, organisée par APRA AMCOS dans le cadre de son centenaire.

Alors que le premier ministre Albanese accueillait aujourd’hui le premier ministre Carney au Parlement australien, il a mentionné sans détour : « En tant que puissances intermédiaires évoluant dans un paysage marqué par la concurrence stratégique, l’Australie et le Canada doivent chercher et créer de nouvelles façons de se soutenir mutuellement. » Le premier ministre Carney s’est montré tout aussi direct quant aux enjeux : des pays comme les nôtres doivent collaborer au développement de l’intelligence artificielle, faute de quoi ils risquent de se retrouver « coincés entre les géants du “hyperscale” et les puissances hégémoniques ». Nous partageons ces deux constats et croyons que c’est au sein de cette économie de la création que cette solidarité doit être mise à l’épreuve et testée.

Ensemble, nous représentons près de 400 000 créateurs, créatrices et maisons d’édition musicale en Australie et au Canada. La forme que prendra ce cadre est d’une importance capitale et elle déterminera si le développement de l’IA génère des retombées culturelles et économiques largement partagées, ou si ces retombées profitent de manière disproportionnée à un petit nombre de plateformes technologiques, au détriment des artistes dont le travail a rendu l’IA possible.

Les puissances intermédiaires sont particulièrement bien placées pour répondre à cette question. L’Australie l’a déjà démontré en devenant le premier pays au monde à refuser de mettre en place une exception au droit d’auteur pour l’entraînement de l’IA et en amorçant plutôt l’élaboration d’un cadre de licences concret. Le Canada est engagé dans le même débat. Les deux pays comprennent que le choix ne se situe pas entre l’innovation et la protection des créateurs. Il s’agit là d’un faux dilemme avancé par ceux qui préfèrent éviter de reconnaître l’importance des artistes et des créateurs dans le développement technologique de l’IA.

La voie pérenne et, ultimement, la plus productive, repose sur un véritable partenariat entre le secteur technologique et celles et ceux qui créent le contenu qui lui donne sa valeur. Cela suppose le consentement avant l’utilisation, la transparence quant à ce qui est utilisé et une rémunération équitable qui revient aux créateur·rice·s et aux communautés auxquelles ils et elles appartiennent. Cela suppose aussi un développement de l’IA qui enrichit la qualité et la diversité de la créativité humaine, plutôt que de la cannibaliser.

APRA AMCOS et la SOCAN ont chacune consacré un siècle à accompagner les créateurs et créatrices à travers les transformations technologiques. L’infrastructure de licences existe. L’expertise existe. Les partenariats entre nos deux gouvernements créent les conditions propices à l’élaboration des cadres nécessaires pour leur bon fonctionnement.

Une dimension de ce défi est partagée de manière particulière par nos deux nations : la protection de la propriété intellectuelle culturelle autochtone. Les peuples aborigènes d’Australie et les Insulaires du détroit de Torrès, tout comme les peuples des Premières Nations, les Inuit et les Métis au Canada, détiennent des savoirs culturels vivants, dans leurs chants, leurs histoires, leurs langues et leurs cérémonies, que les modèles d’IA exploitent déjà sans consentement. Il ne s’agit pas d’une préoccupation marginale. C’est un test pour savoir si les valeurs que les deux gouvernements ont affirmées aujourd’hui – le respect des cultures et des peuples des Premières Nations – se reflètent dans l’architecture concrète de la gouvernance de l’IA.

L’Australie et le Canada sont déjà reconnus pour la robustesse de leurs institutions démocratiques et se positionnent en chefs de file en matière d’éducation, d’innovation et de production de minéraux critique. Nous croyons que le moment est venu d’ajouter un autre pilier : un cadre pour le développement de l’IA qui considère la richesse culturelle comme un actif au sein de nos forces, qui intègre les créateurs et créatrices dans un véritable partenariat avec la technologie et vers lequel le reste du monde pourra se tourner comme source d’inspiration.

Si les puissances intermédiaires veulent façonner les règles de l’ère de l’IA plutôt que de simplement en hériter, la culture ne peut pas être un élément secondaire de cette mission : elle fait partie de ses fondations. Nos deux organisations seront ravies de collaborer avec les deux gouvernements pour bâtir ces fondations.

 

 

Dean Ormston

Chef de la direction, APRA AMCOS

 

Jennifer Brown

Chef de la direction, SOCAN

 

Contact média :

Eloise Thibault, Eloise.Thibault@socan.com